À propos

La cuisine n’est pas un lieu anodin pour les femmes. Elle représente à la fois une sorte de prison (oh si, je t’assure) et un lieu où beaucoup d’hommes ne mettent pas encore les pieds, ou du moins pas de façon banalisée (oh si, je t’assure). Ça en fait, de facto, un lieu de non mixité au sens militant et politique du terme, même si neuf fois sur dix on ne le fait pas exprès.

La cuisine, dans le monde qui est le mien (un monde plutôt rural, plutôt pas trop friqué, sans prétention), c’est encore aujourd’hui un lieu de femmes. Un gynécée avec des couteaux.

Et pendant que nous essayons de faire avancer les choses sur le front de la répartition des tâches domestiques, certaines d’entre nous ont le culot d’aimer faire la cuisine. On est bien d’accord, il faut nous retirer nos badges de féministes.

Alors voilà, nous préparons les repas. Les repas, j’ai dit. La bouffe. Nous préparons à becqueter, à grailler. Et n’en déplaise aux grands Chefs ou aux blogueuses food à compte Instagram rutilant qui feraient probablement une attaque en voyant comment et avec quoi on le fait, c’est vachement bon, ce qu’on cuisine.

Dans la nourriture que je prépare, il y a généralement les ingrédients suivants :

  • de l’agacement
  • un certain pourcentage du découvert bancaire
  • beaucoup de fatigue
  • du plaisir, parfois
  • de l’amour (oui, pour moi, nourrir c’est aimer. Même quand ça m’emmerde de cuisiner. Parce que l’amour, parfois ça fait chier. Comme dans la vie, voilà. T’as bien cerné le concept)
  • des patates ordinaires
  • des nouilles banales
  • de la viande courante
  • des légumes pas originaux
  • des oeufs
  • des produits laitiers et plus particulièrement du fromage
  • du sucre, de la farine et du beurre
  • l’envie de tout envoyer promener
  • l’envie de recommencer, en mieux, en un peu différent, en plus rapide, en plus long, en plus crémeux.

Dans ce blog, il y a donc :

  • des recettes pas super compliquées et pas chères (sauf exception sur des plats précis, mais on se met d’accord tout de suite : je ne ferai pas ça tous les jours)
  • des explications pour celles qui ne savent pas (ustensiles, courses etc) et qui auraient l’envie ou l’obligation d’apprendre
  • une vraie conscience de ce que ça représente de faire la bouffe après une journée de boulot avec des gosses dans les jambes
  • une vraie conscience de ce que ça représente de faire la bouffe après une journée de boulot tout court
  • une vraie conscience de ce que ça représente de faire la bouffe quand on n’aime pas faire la bouffe
  • une vraie conscience de ce que ça représente de faire la bouffe quand on n’a pas trop de fric
  • une vraie conscience de ce que ça représente de faire la bouffe quand on n’a pas trop de place
  • des chroniques cuisinières
  • une volonté globale de partager ce truc étrange et paradoxal qu’est la cuisine quand on est une femme : une corvée, un plaisir, une basse besogne, un art, une pièce maudite, un endroit chaleureux et parfumé, le moyen de faire chier le monde, et une belle preuve d’amour.

Je publie mes recettes sans texte : je ne publie pas sur un ton convivial avec de jolis textes d’intro, contrairement à ce qui se fait sur la plupart des blogs cuisine, certains étant passionnants et hilarants. Ici (contrairement à d’autres supports où je fais un peu le pitre), je ne fais rire personne, du moins pas dans les recettes. Il n’y a pas non plus d’ingrédients raffinés, de photos sublimes, de mets délicats ou de mise en scène de la nourriture. Mon objectif est de dépouiller au maximum le contenu et de ne pas m’éloigner de l’objectif bouffe/militance/féminisme : les recettes sont donc publiées d’un côté, et les chroniques de l’autre.

Tout cela est centré sur 3 impératifs : l’argent, le temps (pour cuisiner mais également pour lire la recette) et le goût. Parce que souvent, c’est pile dans cet ordre-là qu’on est obligée de prioriser.

Je m’adresse ici à mes camarades, à des femmes qui n’ont pas forcément le temps, pas toujours l’envie, et pas trop les moyens. On me dit qu’il y a des riches se sont glissés dans la salle ? Vous pouvez rester. N’empêche que. On ne m’ôtera pas de l’idée que, de façon générale, de nombreux riches ont une attitude carrément hostile à l’égard du régime des pauvres. Il est vrai que les pauvres, de leur côté, cachent mal une certaine antipathie à l’égard des riches.

Ma cuisine, c’est un peu le sous-sol de la lutte des classes, version féministe. Et s’il y a bien un truc que j’ai appris en 22 ans de popote, c’est que la bouffe et la révolution ça va très bien ensemble.

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